Point de vue | Santé, Prévention 17/04/2018 | 10:00

Pour pallier les inégalités, il existe des solutions et l’assurance en est partie prenante

L’accès aux soins est la première insatisfaction que mentionnent les français quand on les interroge sur leur système de santé. Pourtant, l’OCDE, comme la Commission Européenne, classe la France parmi les pays au monde les plus efficaces et exemplaires en la matière. Non seulement notre espérance de vie est l’une des plus élevée de l’Europe - après l’Espagne et l’Italie -, mais les taux de mortalité évitable sont aussi parmi les plus bas. De plus, presque toute la population française est couverte par l’assurance maladie et si les dépenses de santé sont 20% plus élevées que la moyenne des pays de l’Union Européenne, la part restant à la charge des patients ne représente en moyenne que 7% du montant total des dépenses, soit le taux le plus faible en Europe.  Alors, qu’est-ce qui justifie l’insatisfaction des Français ?

La réponse tient en plusieurs points, bien connus de tous mais qu’il n’est pas inutile de rappeler. Si nous avons encore plus de lits d'hôpitaux et d'infirmiers que nos voisins, le nombre de médecins, lui, est tombé sous la moyenne européenne. Les disparités territoriales ont engendré les tristement célèbres « déserts médicaux ». Et les délais d’attentes pour obtenir un rendez-vous ne cessent de s’allonger (61 jours en moyenne pour un spécialiste, en 2017, selon l’Observatoire de l’accès aux soins de santé).

Le dernier rapport de la Commission Européenne paru fin 2017 pointe notamment l’importance de la prévention qui n’est dotée que de 2% du budget total de santé en France ; la nécessité de poursuivre la modernisation et la rationalisation du secteur hospitalier ; l’intérêt de mieux coordonner les soins primaires en amont pour désengorger les urgences.

C’est sur une partie de ces points, qu’en tant qu’Organisme Complémentaire d’Assurance Maladie, nous pouvons aider à identifier et mettre en place des solutions pour remédier à ses imperfections. L’innovation tant médicale que technologique et la santé au travail sont deux leviers sur lesquels nous travaillons déjà depuis plusieurs années. L’idée n’est pas de concurrencer la Sécurité Sociale, mais bien d’agir en complémentarité pour faciliter l’accès aux soins, tout comme nous le faisons sur le remboursement.

Quand je parle d’innovation, je pense avant tout à la prévention. L’approche retenue par la Ministre de la Santé d’aborder la prévention tout au long du parcours de vie – de la phase prénatale à la dernière étape de vie – est extrêmement pertinente. Elle permet de mieux toucher les populations visées et d’installer dans les esprits que le mode de vie au quotidien et les actions préventives comme la vaccination, ou le dépistage ont une contribution non négligeable sur l’accès à une meilleure santé. Sur le désengorgement des services d’urgence et l’accès à un professionnel de santé dans des délais acceptables par le patient, la téléconsultation médicale est une réponse concrète qui permet de pallier en partie ces problématiques. Je peux d’autant plus en parler que nous avons été les premiers, il y a plus de trois ans, à lancer ce service dont 4,5 millions de personnes bénéficient. Ces solutions rendues possibles grâce aux nouvelles technologies nécessitent une très grande rigueur et exigence pour les équipes médicales car en matière de santé, le patient demeure un patient quel que soit le mode de rendez-vous, en face à face ou à distance.

Un autre domaine d’innovation majeur est celui de l’amélioration des pratiques médicales grâce à de nouvelles méthodes d’évaluation prenant en compte les résultats rapportés par les patients. Ces approches PROMs ou « Patients Reported outcomes measurements » sont développées notamment en Suède, en Hollande et aux USA et elles arrivent en France, également sous l’impulsion de la Ministre de la Santé. En France, nous sommes parmi les pionniers en soutenant, avec le Fonds AXA pour la recherche, le premier programme de cette nature sur la chirurgie de la cataracte.

En optique par exemple les Français réclament de meilleurs services et de meilleures offres. Si nous prenons les lunettes, il y a une vraie marge de manœuvre en France sur le sujet puisque sur notre sol nous comptons 5 fois plus d’opticiens qu’aux Etats Unis et cela pour une population presque 5 fois inférieure. Les assureurs agissent sur ce point via leurs réseaux de soins. Par exemple, au sein du réseau Itélis 8 millions de personnes peuvent avoir accès à des soins d’optique avec un reste à charge nul, selon le souhait de notre actuelle ministre de la Santé.

Certes, il reste encore d’autres terrains à explorer.  Contrairement à nos voisins d’Europe du Nord, par exemple, la prise en compte du vieillissement de la population est encore un sujet qui n’est pas positionné comme prioritaire. Il est pourtant essentiel, j’en suis persuadé. Nous avons gagné 30 années de vie supplémentaire en un siècle, il est donc impératif d’adapter rapidement le monde du travail à cet état de fait.

Le stress provoqué par la dépendance d’un parent âgé, par exemple, impacte durement et souvent durablement la santé d’un salarié. Pourquoi ne pas l’accompagner au mieux, en anticipant ce genre de situation qui n’a plus rien, d’exceptionnel ? Les positions à court-terme dont font preuve bon nombre de dirigeants de la classe politique, d’entreprises et de partenaires sociaux, voire de salariés eux-mêmes, restent un obstacle majeur.  Si la question de la santé et du bien-être au quotidien des salariés est aujourd’hui largement actée, l’observance, elle, reste encore difficile à appréhender. Aider à voir plus loin, c’est aussi notre rôle. Nous ne faisons rien d’autre lorsque nous finançons la recherche sur le cancer ou sur la maladie d’Alzheimer.

Les idées sont nobles, diront certains, mais elles ont un coût ! La question, en réalité, n’est pas de systématiquement faire baisser les coûts mais celle de pouvoir offrir les soins les plus efficaces et qualitatifs,pour améliorer au final la santé de toute la population.

Pour atteindre cet objectif, toutes les bonnes volontés doivent être mises à contribution. Les entreprises et les partenaires sociaux, les pouvoirs publics, les assureurs, et les citoyens eux-mêmes bien sûr. La santé est l’affaire de tous, c’est une évidence. Si, en tant qu’assureur, nous n’avons pas vocation à résoudre tous les problèmes, notre devoir faciliter l’accès aux meilleurs soins possibles et au quotidien. J’y crois et m’y emploie au mieux.

Didier Weckner, Directeur Général délégué d’AXA France, en charge d’AXA Santé & Collectives

  • Françoise Laroche

    Françoise Laroche

    Attachée de Presse
    BtoB, Santé, Prévoyance Dépendance, Digital, Marketing & Nouvelle...
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